J’ai testé pour vous : Passer un CAP Cuisine !

Il y a quelques mois j’ai décidé de m’inscrire aux cours de cuisine pour adultes de la mairie de Paris. Parce que j’adore cuisiner et que j’avais envie d’apprendre les gestes professionnels. Les techniques. Avec un prof pour m’aiguiller. Et du coup, j’avais la possibilité de passer le CAP cuisine à la fin de l’année.

Why Not ?

Jeudi je me suis donc retrouvée à passer l’épreuve pratique de cuisine.
4h30. Moi. Les fourneaux. 10 autres candidats et le jury. Un peu comme Top Chef quoi.
Mon ressenti à chaud est que c’était juste atroce. Toute cette pression pendant ce temps si long et à la fois si court pour réaliser les deux recettes.

Je devais cuisiner un Veau Marengo avec une purée et des choux à la chantilly. En voyant le sujet, sur le coup j’ai pensé « OUF ». La pâte à choux c’est mon dada. Et le Veau Marengo c’est vachement moins compliqué qu’une volaille à découper ou qu’un poisson à habiller.

Le problème c’est qu’on est pas seulement jugé sur le plat que l’on vient d’envoyer et sa réussite (ou non). On est jugé sur les heures que l’on a passé en cuisine. Notre organisation, notre technique, tout est passé à la loupe du jury qui passe (très) souvent derrière votre épaule. Et le résultat : c’est hyper stressant.

Rien ne se passe comme chez vous ou comme en cours. Votre superbe organisation devient un « vrai bordel organisé » d’après l’un des chefs qui commentait mon plan de travail avec sa collègue.
Et là vous sentez un peu la différence entre vous et ceux qui ont vraiment pris des cours à temps plein. Parce qu’ils maîtrisent vachement mieux l’espace, le matériel, tout quoi. J’ai eu très rapidement l’impression d’être une touriste sous pression pour la première fois.

Il y a des choses que je savais faire, d’autres que je devinais avec la liste des ingrédients. Vous n’avez que très peu, voir pas, d’indications sur comment effectuer la recette. On peut vous dire par exemple d’effectuer un roux à brun, mais si vous ne savez pas ce que ça veut dire… Vous mettre la farine dans les ingrédients, mais si vous n’en déduisez pas qu’il faut singer la viande…

Bref c’est un plat que je n’avais jamais fait, mais que je pouvais faire sans trop de problèmes. Sauf que observée par un jury, j’ai un peu perdu mes moyens…

Les préliminaires pour commencer. Éplucher, tailler, débarrasser, bref s’organiser c’était un peu chaotique. Y’en avait un peu partout.
« Vous êtes certaine de devoir émincer les oignons pour cette recette ? » Bah non je suis pas certaine m’enfin après avoir mijoté 2h ce sera plus bien grave … Bon ok je les réduis en petits morceaux.
« Vous avez coupé les champignons en tranches ? » Bah euh… Y’a écrit escalopez les champignons alors… « Mmm mmm ». Phoque tant pis.

La gestion de la cuisson ensuite, très compliqué quand on essaye d’être au four et au moulin avec les chefs derrière qui vous font limite passer un oral en même temps. Si bien que vous stressez, vous doutez, vous ne savez plus si vous faites correctement les choses. Toutes ces questions, auxquels les autres candidats répondent « OUI CHEF ! » alors que moi je me contentais de leur faire un sourire.

Mon Veau Marengo au four, j’ai pu souffler… 30 secondes ! C’est devenu de plus en plus la cata. Moi la championne (au moins) de la pâte à choux, je l’ai ratée. Un gros fail que j’ai décelé avant même d’avoir mis le 2ème œuf. Sauf que pour la refaire il fallait demander de nouveau les ingrédients au chef, et donc faire constater qu’on l’avait ratée. Suite à quoi j’ai eu le droit à un interrogatoire sur la quantité d’ingrédients. J’avais tout bon. Sauf que dans mon cul de poule, elle était nulle ma pâte et pas question que je fasse des choux qui seront moche et degueu avec cette pâte. La deuxième fois, elle était parfaite.

Sauf qu’entre temps j’ai perdu ma concentration, le peu d’organisation que j’avais et le peu de confiance en moi . Je me suis donc pris un gros tacle par un chef.

Ma faute ? Avoir appuyé avec mon index sur la pointe des choux au lieu d’utiliser une fourchette. « C’est pas hygiénique si vous étiez dans mon restaurant ça ne se passerait pas comme ça ! ». Et là tu as envie de hurler que de toute façon TU VEUX PAS TRAVAILLER DANS UN RESTAURANT ET DIRE OUI CHEF ! Tu veux juste t’amuser un peu et finalement c’est pas drôle du tout ! Mais tu ne dis rien. Tu baisses les yeux de panda pour qu’il termine vite son sermon et que tu retournes à tes fourneaux.

Mes choux étaient beaux, certains candidats ont sorti du four des choux plats, un chef a même qualifié une plaque de « tropézienne ». Mais il fallait encore faire la chantilly. Je cherche mon fouet dans ma mallette et je m’empale le doigt sur un couteau. Je ne sens rien, mais comme c’est la pointe du doigt ça pisse le sang.

 » Y’a numéro 3 qui pisse le sang ! Un pansement » Ça va ça va t’es pas obligé de gueuler René…

Je cherche des yeux le robot, le Kitchen Aid quoi. Et je visualise bien qu’il n’y en a pas. Et que mes bras en mousse et moi on va devoir monter 1L de chantilly à la main. Alors que j’ai déjà perdu mon bras sur la pâte à choux. Un chef me dit « utilisez votre bras gauche ». Mais je ne sais pas me servir de mon bras gauche, je n’arrive pas à touiller. Alors je me fusille le bras droit. « Tant pis pour elle » lui répondra un autre. Tsss.

Ma chantilly est belle, je suis contente, mais il faut dresser.

Et aucune idée de la façon dont on dresse ici, alors j’improvise, dans le doute… Il faut envoyer le plat. Je souffle et dresse mes choux.

Et là je constate que vu la quantité de chantilly qu’il fallait faire et le nombre de choux qu’il fallait dresser, y’en a juste trop. Mais genre 3/4 de trop. J’ai les boules, parce que rien que la moitié de chantilly à la main ça aurait quand même été plus simple que tout ce gâchis. Et surtout parce que ça va aller à la poubelle.

Je souffle aussi parce que les chefs goûtent de l’autre côté et en attendant on a la paix, ça fait du bien. Mes choux partent. Et là je me rends compte que pour singer mon veau j’ai mis du sucre glace et pas de la farine. Tant pis ça donnera une petite note sucrée hein, on en est plus là.

Je range mon plan de travail. Je nettoie.

C’est le moment de passer un oral de 10 minutes. 5 minutes pour moi. Il faut dire que mon non projet de travailler en cuisine ne devait pas être passionnant pour le jury.

Je reviens en cuisine et termine de nettoyer ma petite place. J’ai qu’une envie : rentrer chez moi. Je suis fatiguée, j’ai les pieds en bouillis. Je me suis coupée, brûlée. Bref, je veux mon canapé. J’ai les larmes aux yeux, parce que vraiment mentalement et physiquement je n’en peux plus.

Mais non non non, je découvre que personne n’a pitié de toi après un examen de cuisine. Tu dois récurer le sol, les grilles, tout tout tout. Enfin « tu » , parce que les autres branlent rien et que toi moralement tu vas t’asseoir sur la raclette si tu ne sors pas de là très vite. Alors je me suis activée. Plus que les autres mais parce que j’avais certainement plus envie que les autres de me barrer loin loin loin.

Je suis sortie de là dessécher (on avait pas de bouteilles d’eau et boire au robinet ça doit pas être hygiénique non plus HEIN). Et assez éprouvée. Je ne m’attendais pas à ça. A toute cette pression. A la ressentir surtout puisque j’étais là « pour le fun ».

Alors peut-être qu’avec le recul, ça me fera plaisir de repenser à cela. Peut-être que je vais l’avoir ce CAP, peut-être qu’un jour ça me servira à montrer que quand j’aime quelque chose je vais jusqu’à passer un diplôme pour le fun.

Mais aujourd’hui je suis juste déçue. Pas de mes plats au final. Mais des 5h de stress.

Ce qui est certain, c’est que je me suis bien rendue compte que bosser en cuisine ce n’était pas fait pour moi. Que le jury qui te bouscule c’est plus marrant quand on le regarde depuis sa télé.Que ni hier, ni demain, je ne serais capable de dire OUI CHEF sans me sentir soumise et plus bas que merdique. Car non, pas une seule fois en 5h je n’ai réussi à dire OUI CHEF, ou MERCI CHEF (parce que c’est plus drôle si tu le dis bien fort apparemment).
Question de fierté (mal placée ?) peut-être.

En tout cas, un doigt et une cloque plus tard je suis quand même en vie, et je vais quand même passer les 2 écrits histoire de. Histoire de pas abandonner quoi.Ce qui est certain aussi, c’est que la pression ne m’aide pas, mais alors pas du tout. Ce n’est pas en me mettant la pression que je fais mieux. Au contraire.

Comme disait mon prof de cuisine, le jour de l’examen on est qu’à 50% de ses capacités.

OUI CHEF !

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4 comments on J’ai testé pour vous : Passer un CAP Cuisine !

  1. Dedel dit :

    Des barres cet article, je me suis bien marrée !
    Rien qu’a t’imaginer te faire engueuler par le chef, morte de rire, j’sais pas ca me rappelle des souvenirs de collège. Donc je pense que la ca t’a saoulée mais dans peu de temps tu en rigoleras ;-)

  2. Béa dit :

    waaaouwwww enfin un article qui reflète vraiment la réalité ;)
    je fais comme toi, j’adore la cuisine et je vais faire une formation de 9 mois et passé mon cap en janvier 2014 et j’avoue que c’est ce qu’il me fait le plus flipper, c’est que je suis hyper indépendante et la pression des chefs, je pense que je vais avoir du mal à la supporter.
    merci en tout cas pour ce bon moment de lecture

    • Delphine dit :

      Il faut se blinder un maximum et essayer d’oublier qu’ils sont là. Moi y’avait un nombre assez conséquent d’examinateurs ce jour là mais c’est pas toujours le cas.

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