Un coup de kalach’ contre un coup de crayon

Nous sommes le 9 janvier 2015, depuis 2 jours la France est abasourdie et se prend en pleine gueule sa propre défaite. Son échec. Sa culpabilité. Nous sommes le 9 janvier 2015 et ma gorge est toujours nouée et mes yeux rivés sur Twitter et les chaînes de télé. Nous sommes le 9 janvier 2015 et à l’heure où j’écris ces quelques lignes, les deux connards sont retranchés dans une petite ville de l’Oise et crient à qui veut les écouter qu’ils crèveront en martyrs.

Je pourrais publier à chaud, comme beaucoup, un petit billet pour vous dire combien j’ai honte. Mais il y a bien trop de petits billets aujourd’hui. Alors je vais programmer ma honte au 7 janvier 2016. Pour ne pas oublier.

je suis charlie

J’ai marché place de la République le jour où les deux connards ont décidé d’ôter la vie à 12 personnes. Je n’ai jamais acheté Charlie Hebdo, je n’ai jamais vraiment lu non plus Charlie Hebdo. Ce n’était pas ma cam’. Comme beaucoup j’ai marché pour soutenir, pour montrer aux connards que je n’avais pas peur, pour montrer que nous ne sommes pas encore prêts à les laisser nous piétiner, nous faire taire. Que dans le pays des droits de l’homme, on sait encore porter nos valeurs.

Et pourtant j’ai honte… si vous saviez comme j’ai honte. Comme tout le monde, de m’être endormie sur ce que je pensais être allant de soi. De ne pas avoir vu venir qu’en France, en 2015, on devait encore se battre pour notre liberté d’expression. D’avoir pris tout ça pour acquis et de ne pas avoir vu venir que ça ne l’était plus.

Bien sûr, comme tout le monde, je suis contre, ou pour, un tas de trucs, j’ai mes idées. J’ai des valeurs que je défend dans les urnes et parfois dans des débats que pourtant j’évite. Je porte cette liberté, cette tolérance, ce besoin d’égalité et de justice en moi. Et pourtant je n’ai pas vu que sur notre propre territoire, ce n’était plus acquis. Que certains vivaient dans la peur, avec des flics pour les protéger depuis des années, juste parce qu’ils tenaient un crayon et défendaient leurs idées.

J’ai honte de ne pas leur avoir manifesté plus de soutien lors de l’attentat qui les avaient déjà frappés. Je n’ai pas les armes moi pour anéantir cette gangrène dans notre pays, je ne suis pas le gouvernement, je ne suis pas les pouvoirs publics. Mais j’ai une voix, et je me suis tue, comme beaucoup, quand ils avaient besoin de nous. Nous sommes en France et que nous avons laissé sur notre territoire des gens dictés leurs lois, leurs extrémismes.

Si nous marchons aujourd’hui, c’est un peu aussi pour nous faire pardonner, et pour ne pas tout perdre. Parce que s’il est trop tard pour les protéger eux, il n’est pas trop tard pour une conscience collective. Pas trop tard pour empêcher certains de noyer le poisson et les autres de s’en servir pour faire monter la haine.

Dans les faits, et dans un an, quand ce texte sera publié, je ne sais pas où nous en serons. Je ne sais pas comment dans ma vie de tous les jours, je pourrais porter cette liberté d’expression et ne plus laisser quiconque la remettre en cause. Je ne sais pas quel geste, ni quelle pierre je pourrais apporter pour montrer que je n’oublie pas.

Je suis Charlie c’est aussi dire pardon à ceux qu’on a laissé se battre sans les soutenir. A ceux à qui on a dit chut pour pas faire de vagues. Un peu comme quand on se cache pour éviter une engueulade. Chut ne dites rien, vous allez foutre la merde. Laissons le silence endormir nos convictions.

Pardon, je suis Charlie, et ce 9 janvier 2015, j’ai honte.

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